jeudi 3 janvier 2013

Le microsampling, ou pourquoi ça devient tout de suite plus marrant de faire des remix

On a souvent une mauvaise image de tout ce qui a pour appellation remix. D'ailleurs, en général, on fait bien, vu qu'il s'agit la plupart du temps d'un remix insipide type club, boîte de nuit branchouille pour quinquagénaire un peu fatigué. Ce terme là de remix se confond donc avec celui de sampling, qui consiste à utiliser un bout de musique (un sample, donc, révisez votre anglais) et de l'utiliser dans une musique. À partir de ce sample, en général une petite boucle mélodique en 4/4, on construit ensuite une musique, un morceau qui sera qualifiée de remix, car reprenant la ligne mélodique d'un morceau mais pas tout à fait. Ça, c'est le sampling traditionnel. Un remix en lui même ne peut s'effectuer sans sampling, mais littéralement cela signifie mixer à nouveau, c'est à dire changer l'ordre des parties de la musique remixée, changer les sons, rajouter des nouvelles choses... Bref, créer quelque chose chose de mieux à partir de quelque chose de bien.

Le sampling traditionnel est en général assez insipide à mon goût (surtout lorsque vous connaissez déjà la version originale et que l'artiste ne fait que la massacrer...), et puis c'est un peu du vol concrètement. On ne fait que reprendre la mélodie que quelqu'un d'autre a exprimé avec son cœur, on se l'approprie et on le diffuse un peu différemment sous son nom. Bref, c'est pas cool. Après, pour les remix en général, certains DJ font vraiment des choses extraordinaires en reprenant des bouts de musiques et en les sublimant. Cela dépend vraiment. En tête, pour ce qui est sampling insipide, j'ai actuellement Kanye West, et pour ce qui est remix cool, plutôt tout ce qui est IAM, qui en samplant (du verbe sampler, oui oui) des artistes de musique classique un peu obscurs permet de les promouvoir au lieu de "simplement" voler leur travail et leur œuvre.
Version originale de Daft Punk :
Version remixée dudit Kanye West : 

Ce qui est drôle c'est que Harder Better Faster Stronger de Daft Punk est déjà, à la base, un remix d'une autre chanson, assez funky, de Edwin Birdsong, Cola Bottle.
Au final c'est assez intéressant de voir tout ces gens se remixer les uns les autres, même si au final c'est assez pitoyable. Si cela vous intéresse plus tout ces remix, je vous recommande le site Who Sampled, très intéressant si vous voulez vous documenter ou vous renseigner de manière générale.

Il faut savoir qu'un sample peut aussi désigner un simple son, un enregistrement. On appelle donc sample, assez largement, tout fichier sonore, mais, indirectement, on appelle sample les morceaux de musique que j'ai nommé ci dessus. Littéralement, sample se traduit par échantillon en français. On peut aussi dire que sample décrit un peu tout et n'importe quoi.

Après cette introduction ma foi très longue, j'aborde donc enfin le thème de microsampling, qui était tout de même le but de l'article.. En quoi cela diffère du sampling ? Et bien, étymologiquement, micro veut dire petit et sampling veut dire sampling, définition que nous venons de voir ci dessus. Concrètement, il s'agit de sampler des musiques mais à plus petite échelle, et là, ça devient plus complexe et plus dur à reconnaître. Il s'agit donc de sampler des notes, des sons, des voyelles de la chanteuse, des accords, des slaps de basses, bref tous les sons qui forment un pic sur le spectre de la musique pour ensuite les repositionner et reconstruire une nouvelle mélodie à partir de ces nouveaux sons. On peut ensuite éventuellement pitcher (changer le ton, la hauteur du sample) pour donner un autre cachet à ces notes.

Ici, il s'agit déjà d'une autre paire de manche. Le travail est beaucoup plus important, puisqu'il s'agit de chercher dans toute la chanson la petite note, le petit soupir qu'il faut pour construire la mélodie que vous imaginez. Cela consiste à utiliser une musique comme instrument, d'une façon un peu plus spirituelle qu'expliqué précédemment. Là, les exemples s'amoindrissent, et la frontière du microsampling est un peu vague. À partir de quand ce n'est plus du sampling ? Trois notes ? Deux ? Un son ? Une seconde ? C'est en fait complétement arbitraire, mais plus c'est court, mieux c'est (n'en déplaise à certains).

Un exemple que j'aime bien utiliser c'est celui de SebastiAn (parce qu'en plus il a deux majuscules dans son sobriquet, un peu comme moi huhuhu).
Version originale de Uffie (attention, pop sucrée et hipster porn) : 
  
Version remixée de SebastiAn (attention, c'est d4rk) : 
J'aime beaucoup la version de Uffie, un peu en mode "je m'en fous des instruments ma voix est la plus belle allez vous faire foutre", le remix de SebastiAn me tue à chaque fois par l'originalité du traitement de la voix. J'aime beaucoup comment à partir de la batterie un peu tranquille hipster de l'introduction de la version d'Uffie, SebastiAn a fait ces coups massifs, semblables à des chutes de troncs d'arbres. Ce mec gère vraiment du pâté de chat.

C'est donc ici que le terme de microsampling s'exprime à son plein potentiel : créer quelque chose de vraiment différent, complétement nouveau, vraiment excellent à partir d'une musique qui ne se prêterait pas forcément à un sampling traditionnel (quelle boucle rythmique voulez vous sampler dans la musique d'Uffie ? le moment où elle dit Pop the Glock ? Bon courage...). Cependant, des remix un peu plus discrets et à mi-chemin entre les deux genres existent aussi.
Version originale de Disney (il me semble) :  
Version remixée par Funky Notes :  

Ce genre de remix, qui reprend des samples de samples (croncrètement) est assez spécifique à ces musiques, qu'on pourrait assimiler à des beats de Hip Hop. Les artiste sont en général avec leur petite MPC sous la main, fabuleux instrument de musique électronique qui permet d'attribuer à chacun de ses pads une tranche d'un sample grâce à sa fonction slice ou, plus largement, un sample ou un instrument. À partir de là, on peut recréer une mélodie en mettant un peu n'importe comment ce sample et en regroupant différentes parties. C'est un exercice assez amusant et en général assez agréable à écouter, étant donné que c'est à mi chemin entre le sampling et le microsampling. Trouver les bons fragments de sample requiert un peu d'exercice toutefois.

Ainsi, on peut donc créer des morceaux complétement nouveau en faisant des remix, sans pour autant que ces derniers deviennent des morceaux de musique électronique dancefloor club hall 2010 compilation NRJ. Il est très intéressant de s'adonner à l'exercice, en commençant par le sampling, puis peu à peu en progressant vers le microsampling. On a tendance à penser qu'il est souvent question de facilité de s'adonner à ces méthodes, que nenni. Il s'agit simplement d'une méthode complétement nouvelle de faire de la musique, et c'est assez compliqué d'ailleurs. Moi même je débute dans cet technique, et je me plaît à souvent tenter de faire quelque chose de nouveau.
Encore un peu de musique. Je ne connais pas le sample original mais il figure au tout début ; ici la découpe est clairement audible : 
Après, on pourra se questionner sur les raisons. Pourquoi diable se tuer à découper une musique, alors qu'on pourrait tout simplement ouvrir notre piano roll, notre cahier de partition, et écrire cette musique ? Je pense que ça vient avant tout d'une certaine jalousie, la jalousie de ce son de vinyle, cette chaleur des accords, cette volonté de prendre ce son, ces tonalités d'une musique, cette ambiance, cette époque, cette nostalgie. On veut capturer l'émotion du morceau, pour la recréer, la perpétuer, dans un style plus moderne. On est à la recherche d'un son, un son spécifique, qui rode dans notre tête et nous fascine. C'est une volonté psychique avant tout, il me semble. Il est impossible d'obtenir un tel son, excepté en samplant à nouveau ces musiques.

On pense rarement aux émotions procurées par le souvenir d'une musique, mais c'est pourtant tout un pan du remix que nous pouvons présenter ici, cet aspect nostalgique et de jalousie du son, cette envie du passé. Cette idée du son qui nous laisse rêveur, est un concept clef dans l'histoire de la musique, et ce depuis toujours. On attaque un aspect plutôt mental et émotionnel à partir de l'idée simplement technique que celle du microsampling, or c'est un peu hors de ma portée je pense, du moins je suppute. Ainsi donc je vous recommande simplement d'essayer cette technique et d'écouter un peu ce genre de musique.

Voilà.

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